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Chirurgie plastique esthétique

Seins tubéreux : une malformation méconnue, qui se traite bien

Par le Dr Marion Delbaere, chirurgien esthétique à Grenoble (Saint-Martin-d’Hères)

Beaucoup de patientes qui présentent des seins tubéreux vivent avec ce complexe depuis l’adolescence. Elles ne savent souvent même pas mettre un nom sur ce qu’elles observent : une base de sein trop étroite, des aréoles qui semblent trop larges ou « gonflées », assez souvent une différence de forme et de volume des deux seins, un sein qui paraît tomber alors qu’il est en réalité peu développé. C’est pourtant une vraie malformation congénitale, reconnue par l’Assurance Maladie, avec des solutions chirurgicales bien établies.

Qu’est-ce qu’un sein tubéreux ?

Le sein tubéreux résulte d’une anomalie de développement de la glande mammaire à la puberté. La peau et le tissu conjonctif à la base du sein ne se détendent pas normalement (on évoque une espèce d'”anneau” à la base du sein). Cela empêche la glande de s’étaler normalement dans toutes les directions. Elle se développe alors davantage vers l’avant. Cela donne cet aspect caractéristique en forme de « tube » ou de « chaussette », avec souvent une aréole élargie et bombée (car la glande pousse essentiellement vers l’aréole centrale), et un sillon sous-mammaire (le dessous du sein) mal défini ou trop haut placé.

Cette malformation toucherait entre 1 et 5 % des femmes selon les études, à des degrés très variables. Certaines n’ont qu’une forme légère, à peine perceptible. D’autres présentent un tableau plus marqué, souvent asymétrique d’un sein à l’autre.

Les différents stades

Je classe les seins tubéreux en plusieurs grades, du plus léger au plus sévère, selon le degré de striction de la base et le déficit de développement de la glande: 3 stades (I modéré à III sévère). Cette classification, réalisée lors de l’examen clinique, reste essentielle : elle détermine directement la stratégie chirurgicale. Une correction en un temps peut suffire pour une forme légère. Une forme sévère nécessite en revanche parfois plusieurs interventions, espacées de plusieurs mois. Assez souvent, les seins ne sont pas au même stade.

Les solutions chirurgicales

Il n’existe pas de traitement médicamenteux : seule la chirurgie permet de corriger une malformation tubéreuse. J’associe le plus souvent deux approches.

La plastie glandulaire consiste à inciser et réétaler la glande mammaire en interne. Cela lui permet de se développer normalement dans toutes les directions, et redonne une base naturelle au sein. Ce geste, réalisé en peropératoire, reste la clé pour éviter que le sein ne conserve son aspect tubéreux malgré l’ajout de volume.

Le lipofilling, technique assez récente (15 ans dans le sein tubéreux) mais devenue incontournable , et quasi systématique de la prise en charge des seins tubéreux (même lors des réductions de volume). cette technique consiste à déposer des greffes graisseuses au niveau des zones “manquantes” (par défaut de développement). Cette technique permet de corriger très efficacement la forme et les différences de volume, de manière durable et définitif: du sur mesure pour chaque sein. Pour les seins de stade III, deux lipomodelages sont souvent nécessaires. J’ai eu la chance d’être formée à cette technique à Lyon parmi les premiers au monde (par le Dr Delay, initiateur de cette technique dans ces malformations).

La pose d’implants mammaires (souvent associée à du lipofilling) permet d’augmenter plus significativement le volume. Je réserve cette technique aux patientes minces avec des seins vraiment très peu développés. la stratégie est souvent prévue en deux temps: lipomodelage pour corriger la forme et prothèses pour donner du volume. Sans cette étape de lipofilling, la peau ne se déplisse pas assez avec les prothèses et le bas du sein prend une forme plate ou à double contours assez disgracieux.

La réduction mammaire peut être proposée de façon unilatérale ou bilatérale en cas d’hypertrophie associée. La plupart de ces patientes ignorent totalement cette malformation car “masquée” par l’excès de volume, qui semble expliquer la chute des seins. Souvent une seule intervention corrige tous les défauts.

Assez souvent, en dehors des réductions mammaires, une retouche ou une seconde intervention à distance affine le résultat, notamment sur l’aréole si elle reste trop large après la première correction.

Prise en charge par l’Assurance Maladie

La correction des seins tubéreux peut bénéficier d’une prise en charge par la Sécurité sociale, sous réserve des critères médicaux constatés lors de l’examen et des techniques proposées. C’est un point important à aborder en consultation. Parfois une demande de prise en charge doit être organisée avant l’intervention (notamment lors de la pose des implants).

Un impact psychologique souvent important

Cette malformation touche à l’intimité et à l’image de soi dès l’adolescence, période particulièrement sensible pour la construction de la confiance en soi. Beaucoup de patientes ressentent une honte voir un dégoût vis-à-vis de leur poitrine. La révélation de ce diagnostic aux patientes permet bien souvent de mettre des mots sur beaucoup de questions qu’elles n’osaient poser à personne. Les collègues généralistes ou gynécologues ne réalisent pas toujours le diagnostic (notamment dans les stades modérés).
Au-delà du résultat esthétique, la prise en charge chirurgicale a souvent un impact très positif sur cette dimension psychologique: redonner une normalité. Cela aide réellement ne plus se sentir “anormale”, “bizarre”, “difforme”.

Les risques et limites à connaître

Les risques sont spécifiques aux multiples techniques proposables, s’y ajoute la possibilité d’une persistance d’une forme ou de volume asymétrique, ou d’une aréole encore un peu large ou protruse (qui ressort du sein) après la première intervention, justifiant parfois une retouche à distance.
J’explique clairement ce point en amont : viser un résultat parfaitement symétrique dès la première intervention n’est pas toujours réaliste sur ce type de malformation. et parfois, c’est mieux de se rendre compte du résultat d’un premier geste plutôt que d’envisager des cicatrices d’emblée.

Le déroulement d’une consultation dédiée

La première consultation pour des seins tubéreux comporte un examen clinique détaillé : mesure de la base du sein, du sillon sous-mammaire, degré d’asymétrie, grade de sévérité de chaque côté, et d’affiner le plan chirurgical en fonction du volume que la patiente souhaiterait: réduction, augmentation, mixte des deux, …. C’est souvent une consultation longue car technique et qui permet à la patiente les objectifs possibles et les limites aussi parfois qu’imposent ce type de malformation. Je prends aussi des photographies médicales. éventuellement, une entente préalable est réalisée pour une demande de prise en charge à l’Assurance Maladie (cas des prothèses). Une seconde consultation est souvent indispensable pour bien reprendre la stratégie, le résultat escomptable et les suites attendues. Bien entendu, un bilan radiographique des seins est à faire entre ces deux consultations pour vérifier la faisabilité de la chirurgie.

Quel budget prévoir ?

Les interventions sont parfois conventionnées et parfois, il peut y avoir une partie esthétique, non prise en charge. Chaque patiente est différente. J’établis systématiquement un devis détaillé après le bilan initial, lors de la première consultation, en distinguant la part potentiellement remboursable.

Foire aux questions

À quel âge peut-on opérer des seins tubéreux ?
L’intervention se fait généralement une fois la croissance mammaire terminée, souvent à partir de 15-16 ans, sauf situation particulière évaluée au cas par cas.

Faut-il plusieurs interventions ?
Cela dépend du degré de sévérité. Les formes légères se corrigent souvent en une seule intervention. Les formes plus marquées peuvent nécessiter un second temps opératoire.

Peut-on allaiter après une correction de seins tubéreux ?
Cela dépend du degré de sous-développement glandulaire initial, et de la technique utilisée. Je discute ce point individuellement en consultation.

La correction est-elle remboursée ?
Une prise en charge partielle par l’Assurance Maladie reste possible, les seins tubéreux étant reconnus comme une malformation, sous réserve des critères médicaux.

En consultation

Si vous pensez présenter des seins tubéreux, n’hésitez pas à en parler en consultation. C’est une malformation fréquente, bien identifiée, avec des solutions chirurgicales éprouvées et adaptées à chaque degré de sévérité.
Je suis spécialisée dans cette prise en charge depuis plus de 15 ans.

Pour toute question ou pour prendre rendez-vous, vous pouvez me contacter au 04 58 17 64 10 ou via Doctolib.